Compétences psychosociales à l’école : repères et pratiques pour les enseignants
Le développement des compétences psychosociales (CPS) constitue aujourd’hui une priorité institutionnelle. La note de cadrage du ministère de l’Éducation nationale du 20 avril 2026 vise à construire une culture commune autour de leur enseignement, en cohérence avec les missions fondamentales de l’École : instruire, éduquer et former des citoyens. Il s’agit de mettre en adéquation les pratiques en matière de CPS avec les missions premières de l’éducation nationale que sont l’instruction et la formation citoyenne.
La note rappelle un cadre clair : « le développement des CPS à l’École vise, chez les élèves, le développement de compétences utiles pour leur réussite et pour leur formation citoyenne et chez les adultes, le développement de leurs gestes et postures professionnels. »
Cet article vous propose les points essentiels à retenir, les modalités concrètes de mise en œuvre et les ressources officielles.
Retrouvez l’intégralité de la note de cadrage du 20 avril 2026 du MENJ ici
Ce qu’il faut retenir de la note de cadrage
Les CPS : un levier de justice et réussite scolaire
Les CPS ne relèvent pas uniquement du bien-être : elles ont un impact direct sur :
- la réussite scolaire : Plusieurs études montrent que les élèves ayant de bonnes compétences psychosociales réussissent mieux à l’école.
Selon une enquête de l’OCDE (2023), les CPS influencent : la motivation, la persévérance, la capacité à apprendre. Elles permettent notamment de mieux faire face au stress des évaluations, aux difficultés scolaires, à l’incertitude.
- le climat de classe
Les CPS jouent un rôle majeur dans la prévention du harcèlement, des violences, des comportements à risque
L’enquête ENCLASS (2022) montre une baisse d’environ 20 points de consommation de substances psychoactives chez les jeunes, corrélée à une meilleure maîtrise des CPS.
- l’insertion professionnelle
Les études citées montrent également que ces compétences sont socialement différenciées, ce qui en fait un enjeu majeur d’égalité des chances.
Une intégration dans les missions de l’École
Point clé : Les CPS ne constituent pas une discipline supplémentaire.
Elles doivent être :
- intégrées aux enseignements
- travaillées dans les situations d’apprentissage
- articulées avec les compétences disciplinaires
Les enseignants restent pleinement dans leur rôle :
- experts pédagogiques
- garants des apprentissages
Il ne s’agit pas de transformer les enseignants en psychologues.
Des compétences déjà présentes dans les pratiques de classe
Les CPS sont très mobilisées, lors des situations d’apprentissage disciplinaire, face aux difficultés, au stress, à l’incertitude ou pour coopérer, résoudre des problèmes.
Les CPS peuvent être mobilisées quotidiennement :
- s’auto-évaluer positivement
- résoudre un problème de manière créative et efficace
- communiquer efficacement
- gérer son stress
La classification des CPS élaborée par Santé Publique France permet d’identifier les liens directs entre les CPS et les compétences historiquement travaillées à l’École.
L’enjeu est donc de passer : d’une mobilisation implicite
à un enseignement explicite et structuré
Comment enseigner les CPS efficacement ?
Les principes pédagogiques à respecter
La note de cadrage insiste sur plusieurs facteurs d’efficacité :
- des séquences structurées et progressives
- des séances régulières et répétées
- des objectifs d’apprentissage explicites
- une pédagogie active et collaborative
- des temps de métacognition
- des situations concrètes et contextualisées
Plus les séances sont nombreuses, plus les effets sont significatifs.
Le rôle central de l’enseignant
Les enseignants sont les acteurs principaux du développement des CPS :
- ils conçoivent les situations d’apprentissage
- ils explicitent les compétences travaillées
- ils accompagnent la progression des élèves
Les interventions extérieures doivent rester encadrées et complémentaires.
Une intégration dans les programmes
Les CPS sont désormais :
- intégrées dans l’enseignement moral et civique (EMC)
- appelées à figurer dans les nouveaux programmes
- inscrites dans le socle commun
Elles deviennent progressivement des objets d’apprentissage à part entière.
Évaluer les compétences psychosociales : une réflexion nécessaire
La note de cadrage précise : « L’introduction des CPS dans les programmes et dans le socle enclenche une nécessaire réflexion sur leur évaluation, puisqu’elles contribueront à l’obtention du diplôme national du brevet. Un groupe de travail pluricatégoriel rassemblant des acteurs de terrain est mis en place par la Dgesco. »
L’évaluation des CPS nécessite une approche spécifique :
À éviter :
- une notation ponctuelle
- une évaluation décontextualisée
À privilégier :
- l’observation en situation
- la répétition dans des contextes variés
- la co-évaluation
- les traces écrites réflexives
L’objectif est d’évaluer la mobilisation des compétences, pas leur simple acquisition théorique.
Points de vigilance institutionnels
La note de cadrage appelle à une vigilance forte sur certains aspects :
Respect du cadre de l’école publique
- neutralité
- laïcité
- gratuité
La note de cadrage exclut, au nom du principe de neutralité à l’école, la promotion de la communication non-violente. La note de cadrage nuance toutefois que les enseignements des CPS peuvent s’appuyer sur ses principes.
Dans le respect du principe de laïcité à l’école, le yoga traditionnel et la méditation pleine conscience sont également à proscrire dans le cadre scolaire, en raison de leurs origines spirituelles.
Toutefois, le yoga peut toujours être pratiqué comme « discipline support à l’apprentissage des compétences physiques et sportives ».
Vigilance face aux intervenants extérieurs
- multiplication des offres non validées
- risques de dérives (signalés notamment par la Miviludes)
La note de cadrage du MENJ ferme la porte aux intervenants extérieurs, comme les coaches privés, en tant qu’intervenant CPS à l’école.
Elle rappelle le rôle des associations qui « ont vocation à proposer des activités éducatives complémentaires aux enseignements dans le respect des projets d’école et d’établissement. L’agrément du ministère chargé de l’éducation nationale garantit que l’association respecte les principes de l’enseignement public. ».
Les enseignants restent les professionnels légitimes pour enseigner les CPS : « Ce sont bien les personnels de l’Éducation nationale qui ont vocation à dispenser les séances en classe et à assurer les formations, en raison de leur expertise pédagogique ».
Formation des enseignants : recommandations officielles
La réussite de cette politique repose sur un effort de formation structuré.
Les dispositifs institutionnels
- délégations académiques CPS (créées depuis 2023)
- formations académiques et départementales
- dispositifs de type Lab formatif CPS déployé par la dgesco
- formation initiale et continue
Objectif : constituer un réseau de formateurs internes et accompagner les équipes dans la durée.
Une évolution des pratiques professionnelles
Les retours de terrain montrent :
- une amélioration du climat de classe
- un renforcement du travail en équipe
- une réflexion collective sur les pratiques pédagogiques
Ressources officielles pour les enseignants
Voici les principales ressources institutionnelles :
https://eduscol.education.fr/3901/developper-les-competences-psychosociales-chez-les-eleves
https://www.education.gouv.fr/les-competences-psychosociales-en-lycee-professionnel-414657
https://www.education.gouv.fr/igesr/competences-psychosociales-soutenir-la-promesse-emancipatrice-de-l-ecole-republicaine-470036
Ressources complémentaires mentionnées :
- kit empathie
- programmes validés (Unplugged, Good Behavior Game…)
- rapports IGÉSR
Alternative pédagogique efficace : la respiration en classe
Point important : cette approche n’est pas explicitement développée dans la note de cadrage, mais elle constitue une pratique complémentaire pertinente, conforme au cadre scolaire.
Pourquoi utiliser la respiration ?
Les exercices de respiration permettent de travailler :
- la gestion du stress
- l’attention
- la régulation émotionnelle
Ils s’intègrent directement dans les CPS émotionnelles.
Des travaux en neurosciences montrent que :
- la respiration lente régule le système nerveux
- elle améliore la concentration
- elle favorise les apprentissages
Une pratique compatible avec l’école
Contrairement à certaines pratiques exclues :
la respiration est :
- laïque
- simple
- sans référence spirituelle
- facilement intégrable en classe
Exemple d’activité simple
Durée : 2 minutes
- Inspirer (4 secondes)
- Bloquer (2 secondes)
- Expirer (6 secondes)
Moments propices :
- début de séance
- retour au calme
- avant une évaluation
Effets observés :
- apaisement rapide
- meilleure disponibilité cognitive
- climat de classe plus serein
Conclusion : une mise en œuvre progressive et structurée
Le développement des compétences psychosociales représente :
- une évolution des pratiques pédagogiques
- un levier puissant de réussite scolaire
- un enjeu de justice éducative
Pour les enseignants, l’enjeu est de :
- s’appuyer sur leurs pratiques existantes
- structurer et expliciter les apprentissages
- s’inscrire dans une progression
Des outils simples comme la respiration peuvent venir compléter ces pratiques, à condition de rester dans un cadre pédagogique clair et conforme aux principes de l’École.
Retrouvez l’intégralité de la note de cadrage du 20 avril 2026 du MENJ ici
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